Samsun (Turquie) – La métropole de Samsun, située sur la côte sud de la mer Noire, est paralysée depuis mardi soir par des pluies torrentielles qui ont causé d’importantes inondations urbaines et plusieurs glissements de terrain dans les quartiers périphériques. Selon le bilan provisoire communiqué mercredi matin par l’AFAD, l’agence turque de gestion des catastrophes, au moins douze personnes ont perdu la vie et trente-deux sont portées disparues.
Les précipitations ont atteint un cumul exceptionnel de 287 millimètres en l’espace de douze heures, soit l’équivalent de trois mois de pluies normales pour cette période de l’année. Le centre-ville historique, traversé par la rivière Mert qui est sortie de son lit, s’est retrouvé sous un mètre d’eau par endroits. Plusieurs vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des voitures emportées par les flots et des riverains réfugiés sur les toits en attente de secours.
Une intervention massive des secours
Le ministre de l’Intérieur Ali Yerlikaya s’est rendu sur place dès mercredi matin et a annoncé le déploiement de plus de 1 200 secouristes, appuyés par 47 embarcations à fond plat et 12 hélicoptères. Les opérations de sauvetage se concentrent particulièrement dans les quartiers d’Atakum et d’Ilkadim, où plusieurs immeubles ont été partiellement effondrés par les coulées de boue.
« La priorité absolue est de retrouver les disparus avant que les conditions ne se détériorent davantage », a déclaré le ministre. La météorologie turque (MGM) prévoit en effet de nouvelles précipitations significatives dans les prochaines 24 heures, ce qui complique considérablement l’organisation des secours. Une zone d’évacuation préventive a été décrétée pour environ 8 000 habitants des secteurs jugés à risque.
Le président Erdoğan promet une aide d’urgence
Le président Recep Tayyip Erdoğan a tenu mercredi matin une réunion d’urgence avec ses ministres à Ankara, à l’issue de laquelle il a annoncé le déblocage immédiat d’une enveloppe de 4 milliards de lires turques (environ 110 millions d’euros) destinée aux secours, à l’hébergement temporaire des sinistrés et aux premières réparations d’infrastructures. Un deuil national d’une journée a été décrété pour jeudi.
Cette catastrophe relance une fois de plus le débat sur l’urbanisation anarchique des villes turques de la côte de la mer Noire, particulièrement exposées à des phénomènes climatiques de plus en plus extrêmes. La région de Samsun avait déjà été touchée par des inondations meurtrières en août 2021, puis en juillet 2023, avec à chaque fois des bilans humains lourds.
Plusieurs ONG environnementales, dont TEMA et Doğa Derneği, dénoncent l’absence de mesures structurelles pour protéger ces zones urbaines vulnérables, malgré les engagements répétés du gouvernement. « Tant que la construction d’urgence ne sera pas interdite dans les lits majeurs des rivières, ces drames se répéteront inéluctablement », a déclaré la coordinatrice de TEMA pour la région.
Plusieurs pays voisins, dont la Bulgarie, la Géorgie et la Roumanie, ont offert leur assistance logistique et humanitaire. L’Union européenne a également déclenché son mécanisme de protection civile à la demande des autorités d’Ankara, mobilisant des équipes spécialisées en sauvetage urbain en provenance de France, d’Allemagne et des Pays-Bas.
