Nairobi — Quatre personnes ont été tuées et plus de trente blessées ce lundi 18 mai 2026 au Kenya, à l’occasion d’une journée de grève nationale des transports publics doublée de manifestations massives contre la hausse historique du prix des carburants. Le pays d’Afrique de l’Est se trouve plongé dans la crise sociale la plus aiguë depuis les émeutes anti-gouvernementales de 2024, conséquence directe des effets mondiaux de la guerre Iran-Israël.
« Quatre Kenyans perdus »
Le ministre kenyan de l’Intérieur, Kipchumba Murkomen, a confirmé en conférence de presse télévisée le bilan provisoire : « Nous avons perdu quatre Kenyans dans les violences d’aujourd’hui, qui ont également fait plus de trente blessés. » Les décès se sont produits dans plusieurs localités : à Gachie (comté de Kiambu, périphérie de Nairobi), où une victime aurait été tuée par balle ; à Nakuru, où une personne a été heurtée par un véhicule en cours d’évacuation lors de courses-poursuites ; à Kimbo (Ruiru), où trois manifestants ont été tués lors d’une collision impliquant un boda-boda (moto-taxi).
La police kenyane est intervenue à plusieurs reprises avec des grenades lacrymogènes et, dans certains cas, avec des armes à feu. Selon des témoignages recueillis sur place, les forces de l’ordre auraient ouvert le feu sur un groupe de manifestants qui bloquait une route principale et harcelait d’autres usagers. Des propriétés ont été détruites à Naivasha et à Ruiru.
Une grève qui paralyse le pays
L’Alliance du secteur des transports avait annoncé dimanche que les véhicules affiliés à ses associations membres cesseraient toute opération à partir de minuit. Le résultat a été immédiat : routes principales de Nairobi désertées, milliers de banlieusards forcés de marcher vers le travail, et propagation rapide du mouvement à d’autres parties du pays. À Nairobi, des barricades ont été dressées à l’entrée de la capitale par des opérateurs de transport en grève.
L’origine immédiate du mouvement est la décision de l’Energy and Petroleum Regulatory Authority (EPRA) kenyan : pour la période du 15 mai au 14 juin, le prix de l’essence super à Nairobi a été relevé de 206,97 à 214,25 shillings kenyans le litre (1,66 dollar), tandis que le gazole bondissait de 196,63 à 242,92 shillings — une hausse de 23,5 %, après une précédente augmentation de 24,2 % le mois dernier.
Le lien direct avec la guerre en Iran
Reuters et l’Associated Press ont explicitement établi le lien entre la flambée des prix kenyans et la guerre déclenchée le 28 février 2026 par les frappes américano-israéliennes contre les installations nucléaires iraniennes. Le Kenya, comme la plupart des pays d’Afrique de l’Est, dépend des importations pétrolières via le Golfe, voie d’approvisionnement « perturbée par le conflit ».
Bien qu’un cessez-le-feu formel ait été déclaré entre les belligérants, le détroit d’Ormuz — par lequel transitent encore environ 20 % du commerce mondial de pétrole brut — demeure partiellement bloqué par l’Iran. Les conséquences se font sentir sur l’ensemble du continent africain, particulièrement vulnérable aux variations du marché pétrolier mondial du fait de l’absence d’infrastructures de raffinage suffisantes.
Une crise politique en gestation
Pour le président kenyan William Ruto, élu en 2022 sur un programme de soutien aux classes populaires, la crise est doublement périlleuse. Sa cote de popularité, déjà érodée par la crise budgétaire de 2024 et par l’opposition virulente aux nouvelles taxes, s’effrite davantage à chaque nouvelle annonce de hausse des prix. Le tissu protestataire kenyan, structuré depuis 2024 autour de la mouvance « GenZ », a démontré sa capacité de mobilisation rapide via les réseaux sociaux.
Le comédien kenyan Eric Omondi, figure de la contestation populaire, a participé symboliquement aux manifestations de lundi en transportant des bidons d’essence vides dans le quartier central des affaires de Nairobi. « Ces protestations sont un combat contre l’asphyxie financière des classes moyennes et populaires », a-t-il déclaré aux médias présents.
Conséquences pour la France et l’Europe
Pour la France et l’Union européenne, qui ont pris l’initiative diplomatique récente sur le dossier du détroit d’Ormuz — notamment via la proposition française d’une mission ONU « neutre » pour sécuriser la navigation maritime —, les violences kenyanes représentent un rappel concret du coût humain mondial du conflit. Les ondes de choc géopolitiques de la guerre Iran-Israël se propagent désormais bien au-delà de la zone immédiate du conflit.
La Côte d’Azur n’est pas directement affectée par les troubles kenyans, mais la flambée du prix du baril qui en est la cause profonde alimente une inflation persistante en France. Le carburant SP95 a dépassé les 2,29 € le litre dans certaines stations de la région PACA, et le tourisme international montre des premiers signes de fragilisation dans plusieurs segments de marché.
