Nice – Éric Ciotti dirige la mairie de Nice depuis le vendredi 27 mars 2026, après avoir prêté serment lors du conseil municipal d’installation tenu ce matin-là — Christian Estrosi étant remarquablement absent. Deux mois après cette transition politique d’une ampleur inédite à Nice depuis 2008, le nouveau maire impose progressivement son style et son équipe à la tête de la cinquième ville de France.
Rappel des résultats du second tour des municipales du 22 mars 2026 : Éric Ciotti l’avait emporté avec 61 009 voix (48,54%) contre 46 753 voix (37,20%) pour Christian Estrosi, soit un écart de plus de 14 000 voix. La liste de gauche menée par Juliette Chesnel-Le Roux avait recueilli 17 926 voix (14,26%). Participation : 55,92%, avec 128 118 votants sur 229 109 inscrits.
Une majorité solide au conseil municipal
La victoire de Ciotti se traduit par une majorité confortable au conseil municipal : 52 sièges sur 69, ainsi que 49 sièges à la Métropole Nice Côte d’Azur. Christian Estrosi conserve 13 sièges au conseil municipal et la liste de gauche en obtient 4. Le rapport de forces politique est donc clairement défavorable à l’ancien maire, qui avait gouverné Nice depuis 2008.
Lors du conseil municipal d’installation, Éric Ciotti avait posé immédiatement le ton : « Nous allons reconquérir Nice quartier par quartier. » Une formulation lourde de sens, qui annonce un changement de méthode de gouvernance avec un accent mis sur la sécurité, la propreté urbaine, le retour des commerces de proximité dans les quartiers populaires, et une politique migratoire municipale plus restrictive.
La sortie d’Estrosi : « une page se tourne »
Visiblement ému le soir de la défaite, Christian Estrosi avait déclaré qu’« une page se tourne » et annoncé qu’après la période de transition, il n’exercerait plus ses mandats locaux. L’homme qui aura dirigé Nice pendant dix-huit ans (2008-2026) se retire donc de la vie politique niçoise active, tout en conservant son mandat de président de Nice Côte d’Azur — qu’il devra logiquement quitter avant la fin de l’année.
Les dossiers en cours à la transition étaient nombreux : la ligne directe Delta Air Lines Boston-Nice inaugurée le 17 mai dernier, projet porté par Estrosi de longue date ; le programme d’éco-quartier Saint-Roch ; le développement du technopôle Nice Méridia adossé à l’Université Côte d’Azur ; les travaux du tramway ligne 5 vers Saint-Antoine ; et les négociations avec l’État sur le financement du contournement routier autoroutier.
Premières orientations du nouveau maire
Deux mois après son installation, les premières orientations d’Éric Ciotti se dessinent. En matière de sécurité, le nouveau maire a annoncé un renforcement de la police municipale (objectif 600 agents d’ici fin 2026), l’extension du système de vidéo-surveillance sur l’ensemble du territoire communal, et la création d’une brigade dédiée à la lutte contre les incivilités. Sur le volet urbanisme, plusieurs projets validés sous l’ère Estrosi font l’objet d’un réexamen — notamment la transformation du quartier Bauchage et le projet Plaine du Var sud.
L’équipe municipale de Ciotti se compose largement de fidèles : Anthony Borré (premier adjoint, sécurité), Pascal Condomitti (urbanisme), Florence Salducci (éducation), ainsi que plusieurs cadres issus du parti Les Républicains et de mouvements alliés.
Une transition pas tout à fait apaisée
Malgré la victoire nette, la transition reste tendue. L’absence de Christian Estrosi lors du conseil municipal d’installation du 27 mars avait été remarquée et commentée. Plusieurs cadres administratifs proches de l’ancien maire ont quitté leurs fonctions au cours des dernières semaines, créant des vacances dans plusieurs directions clés. La situation se stabilise progressivement, sans toutefois retrouver la fluidité opérationnelle d’avant les élections.
Le premier semestre 2026 d’Éric Ciotti sera donc un test grandeur nature : sa capacité à conjuguer fermeté politique affichée et continuité administrative déterminera sa marge de manœuvre pour les prochaines années.
