Paris — Face à la flambée continue du prix des carburants — directement liée à la guerre en Iran et à la fermeture partielle du détroit d’Ormuz —, le groupe TotalEnergies a confirmé ce lundi 18 mai 2026 le maintien de son opération de blocage des prix à 1,99 € le litre dans ses stations-service pour l’ensemble du week-end de la Pentecôte. La mesure intervient alors que le prix moyen national à la pompe dépasse les 2,29 € pour le sans-plomb 95.
Une mesure ciblée sur les grands départs
Le dispositif TotalEnergies cible spécifiquement le week-end de la Pentecôte, période traditionnelle de grands départs en vacances pour les Français qui marque l’ouverture officieuse de la saison touristique d’été. Le blocage à 1,99 €/L concerne les principaux carburants — sans-plomb 95, sans-plomb 98 et gazole — dans l’ensemble du réseau de stations TotalEnergies, soit environ 3 500 points de vente sur le territoire français.
L’opération s’inscrit dans la lignée de plusieurs mesures similaires prises par le groupe pétrolier français depuis le début de la flambée des prix au printemps. TotalEnergies, qui a réalisé des bénéfices records ces dernières années, communique sur ces opérations comme une contribution volontaire au soutien du pouvoir d’achat des Français — argumentaire que ses détracteurs jugent insuffisant au regard des marges réalisées en amont.
Des automobilistes qui changent leurs habitudes
Mais l’effet pratique du blocage reste limité, selon une enquête diffusée par franceinfo ce lundi 18 mai. À plus de 2,29 € le litre en moyenne nationale, les automobilistes français ont massivement modifié leurs comportements de consommation depuis le début de l’année. Plusieurs tendances de fond émergent :
- Augmentation forte du covoiturage domicile-travail, particulièrement dans les zones péri-urbaines
- Recours accru aux transports en commun là où ils sont disponibles
- Réduction des déplacements de loisir non essentiels en voiture individuelle
- Multiplication des déplacements « optimisés » (concentration de plusieurs courses sur un même trajet)
- Migration partielle vers les véhicules électriques et hybrides pour ceux qui en ont les moyens
Pour les ménages les plus modestes, en particulier ceux qui dépendent de la voiture pour se rendre au travail et ne disposent pas d’alternatives transport, la situation devient critique. L’inflation cumulée depuis 2021 a déjà amputé le pouvoir d’achat de 8 à 12 % pour les ménages les moins aisés, selon les chiffres récents de la Banque de France.
Une mécanique pétrolière mondiale
L’origine de la flambée est aujourd’hui bien documentée. Depuis le déclenchement de la guerre Iran-Israël le 28 février 2026, et particulièrement depuis le blocage partiel du détroit d’Ormuz par les forces iraniennes en représailles aux frappes américano-israéliennes sur Natanz et Fordow, le prix du baril de Brent évolue entre 105 et 115 dollars. Ce niveau, qui contraste fortement avec la moyenne de 75 dollars d’avant-conflit, se transmet mécaniquement aux prix à la pompe avec un décalage de quelques semaines.
Le détroit d’Ormuz reste partiellement bloqué malgré le cessez-le-feu formel de janvier dernier. La proposition française d’une mission ONU « neutre » de sécurisation de la navigation civile, défendue par Emmanuel Macron lors de sa récente tournée africaine, n’a pour l’instant pas trouvé de traduction concrète. Les marchés intègrent désormais l’hypothèse d’une persistance durable de la tension dans le Golfe.
L’État français limite sa marge de manœuvre
Côté pouvoirs publics, le gouvernement de Sébastien Lecornu a écarté pour l’instant l’option d’un retour à la « ristourne » carburant qui avait été utilisée en 2022 face à un précédent choc pétrolier — mesure jugée coûteuse pour les finances publiques et insuffisamment ciblée. À la place, le ministère de l’Économie privilégie l’élargissement et la simplification du « chèque carburant » destiné aux ménages modestes utilisant leur véhicule pour aller travailler.
Le dispositif, prévu pour être renforcé à compter de juillet 2026, est néanmoins jugé insuffisant par les associations de consommateurs et par plusieurs élus de gauche et de droite qui plaident pour des mesures plus structurelles. La perspective d’une présidentielle en avril 2027 pèse sur l’ensemble des arbitrages : ni le gouvernement, ni les candidats potentiels ne peuvent ignorer le poids du pouvoir d’achat dans la formation de l’opinion électorale.
Conséquences pour la Côte d’Azur
Pour la Côte d’Azur, le calendrier est particulièrement sensible. Le week-end de la Pentecôte marque traditionnellement l’arrivée des premiers vacanciers de l’année, et la saison estivale s’annonce avec des indicateurs prudents : taux de réservation hôtelière en repli de 4 à 7 % par rapport à 2025 selon les premières remontées des fédérations professionnelles, ralentissement de la fréquentation des restaurants de bord de mer pris en mars-avril, et signaux mitigés en provenance de la clientèle internationale haut de gamme.
Les opérations de blocage de prix comme celle annoncée par TotalEnergies représentent un signal politique utile, mais leur impact sur la fréquentation reste limité. C’est l’évolution du conflit dans le Golfe — bien davantage que les annonces des pétroliers — qui déterminera la trajectoire des prix dans les semaines à venir, et avec eux le moral des Français à l’orée de l’été.
