Paris — Sous le feu des accusations depuis le mois de mars, et désormais visé par au moins quatre plaintes pour viol et agressions sexuelles, le chanteur et acteur Patrick Bruel a livré ce lundi 18 mai 2026 ses premiers mots publics. Dans un long message publié sur son compte Instagram personnel, l’artiste rejette en bloc les accusations portées par une trentaine de femmes ces derniers mois.
« Je ne me suis jamais servi de ma notoriété »
« Jamais je n’ai forcé une femme, jamais je n’ai drogué, manipulé ou cherché à soumettre qui que ce soit », écrit Patrick Bruel dans son message. « Je ne me suis jamais servi de ma notoriété pour abuser de quiconque et obtenir des relations non consenties. »
Le chanteur, présumé innocent, dit vouloir « continuer à travailler ». Il se produit chaque soir dans un théâtre parisien où il fait salle comble depuis le début des accusations — un détail qui illustre la complexité des situations contemporaines de mise en cause, lorsque l’opinion publique se divise entre soutien et indignation.
La réponse à Flavie Flament
Le message Instagram fait directement suite à la prise de parole de Flavie Flament du vendredi 15 mai 2026. L’animatrice de télévision a annoncé ce jour-là sur Instagram déposer plainte contre Patrick Bruel pour « viol », en référence à des faits qui se seraient produits en 1991, alors qu’elle avait 16 ans. Elle affirme avoir été droguée et abusée à cette occasion.
Le chanteur répond à cette accusation spécifique : « J’ai rencontré Flavie Flament dans les années 90. Ma carrière avait commencé, elle débutait la sienne. Nous avons eu ensemble une brève histoire. Il n’y eut ni viol ni drogue. »
Flavie Flament, dans son message publié vendredi, avait expliqué les raisons de sa démarche : « Pour que la vérité éclate, pour que justice soit faite, pour qu’on cesse de regarder ailleurs, je joins ma voix à celles des autres femmes qui prennent la parole en France, en Belgique et au Canada. »
Une affaire qui s’élargit
L’affaire Patrick Bruel a éclaté en mars 2026, lorsque le média en ligne Mediapart a publié les témoignages de huit femmes accusant le chanteur de violences sexuelles. Deux d’entre elles avaient déjà déposé plainte — l’une pour viol présumé en marge d’un festival français à Acapulco au Mexique en 1997, alors qu’elle avait 26 ans (la plaignante est Daniela Elstner, directrice générale d’Unifrance) ; l’autre pour des faits dénoncés en marge du Festival du film britannique de Dinard en octobre 2012, où Patrick Bruel présidait le jury.
Depuis, les témoignages se sont multipliés : plus de trente femmes ont désormais accusé l’artiste via Mediapart, ELLE, et plusieurs médias belges. Deux nouvelles plaintes ont été déposées la semaine du 12 mai : la première par une masseuse, âgée de 29 ans à l’époque des faits, qui accuse le musicien d’agression sexuelle lors d’une séance dans un hôtel-spa de la région de Perpignan en 2019. La seconde par une journaliste qui dénonce une « tentative de viol » lors d’un entretien à son domicile en 2010.
Quatre plaintes regroupées à Nanterre
La procureure de la République de Paris, Laure Beccuau, a indiqué dimanche 17 mai sur RTL que les quatre plaintes contre Patrick Bruel « seront regroupées au parquet de Nanterre, qui est territorialement compétent en raison du lieu de résidence du chanteur ». Le regroupement permet une instruction coordonnée et évite la dispersion des procédures.
L’artiste, âgé de 67 ans, est désormais sous le coup de trois enquêtes en France et en Belgique pour des faits allégués entre 1991 et 2019. Une plainte précédente déposée par Ophélie Fajfer avait été classée sans suite en 2022 ; la justice vient de rouvrir l’enquête. Les faits remontent à 2015, lorsque la plaignante avait rencontré le chanteur sur le tournage d’un clip avant d’être invitée au restaurant puis dans sa propriété.
Un cas de plus dans une vague #MeToo française
L’affaire Patrick Bruel s’inscrit dans une séquence beaucoup plus large de mises en cause publiques d’artistes français pour violences sexuelles, depuis l’affaire Depardieu jusqu’aux dossiers Benoît Jacquot, Christophe Ruggia, et plus récemment certains réalisateurs et producteurs. La période 2024-2026 marque, pour le cinéma et la chanson français, une accélération sans précédent de la prise de parole des victimes présumées.
Pour la Côte d’Azur — région où Patrick Bruel s’est produit régulièrement au cours de sa carrière, notamment à Antibes Juan-les-Pins et à Nice — l’affaire reste suivie avec attention par les acteurs culturels locaux. La présomption d’innocence reste un principe constitutionnel intangible, mais le poids cumulé des témoignages convergents alimente un débat de fond sur le rapport entre notoriété, pouvoir et consentement dans les milieux artistiques.
