Nice / Marseille — Une semaine exactement après la fusillade qui avait endeuillé le quartier prioritaire des Moulins, le procureur de la République de Marseille Nicolas Bessone et le procureur de Nice Damien Martinelli ont tenu ce lundi 18 mai 2026 au tribunal judiciaire de Marseille une conférence de presse conjointe pour annoncer le déferrement et la mise en examen de trois individus. Le tireur présumé et deux complices ont été placés en détention provisoire.
« Trois personnes ont été déférées »
« Trois personnes ont été déférées », a déclaré Nicolas Bessone, qui a précisé que les chefs d’inculpation retenus sont notamment « meurtres en bande organisée ». Le tireur présumé avait été placé en garde à vue jeudi 14 mai, après l’interpellation de quatre personnes dans le cadre de l’enquête. Les investigations sont menées par le Service interdépartemental de police judiciaire des Alpes-Maritimes, et la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Marseille a été saisie en raison du caractère de bande organisée des faits.
Le procureur de Marseille a livré devant la presse plusieurs éléments matériels accablants. « Les balles ont davantage percuté des personnes que les façades ou le commerce », a-t-il souligné, ajoutant que cela « démontre une volonté de porter atteinte à la vie des personnes se trouvant devant ce commerce ». Sur place, les enquêteurs ont retrouvé 19 douilles de calibre 7,62 mm, compatibles avec un fusil d’assaut de type Kalachnikov, ainsi que 18 étuis percutés.
Des victimes « totalement étrangères au trafic »
Un point fort de la communication des deux procureurs a été le rappel d’une réalité dérangeante pour la cité phocéenne : les deux victimes décédées étaient « totalement étrangères au trafic de stupéfiants » qui sévit dans le quartier des Moulins. Le drame du 11 mai a tué deux personnes et blessé six autres hommes, âgés de 23 à 52 ans. Cinq blessés sont désormais hors de danger ; le dernier, dont les jours ne sont plus en danger non plus, « reste dans un état très sérieux, avec un risque de séquelles notamment des blessures très sérieuses au niveau des jambes », a précisé Nicolas Bessone.
Le quartier des Moulins, situé à l’ouest de Nice, est l’un des quartiers prioritaires de la politique de la ville. Il avait déjà été le théâtre d’une fusillade meurtrière le 3 octobre 2025, ayant fait deux morts et cinq blessés, dans des circonstances similaires : tirs à la Kalachnikov sur un point de deal, avec là encore des victimes sans lien établi avec le trafic. Le précédent dossier avait également conduit à des mises en examen en octobre 2025 par le parquet de Marseille.
Une réponse politique attendue
La répétition de fusillades meurtrières dans le même quartier en moins d’un an a provoqué l’émotion à Nice et au-delà. Le maire de Nice Christian Estrosi — qui a quitté ses fonctions municipales fin mars 2026, son successeur Éric Ciotti ayant été investi le 27 mars — avait dénoncé après chaque épisode « une incursion au cœur du narcobanditisme » et appelé à un renforcement durable des forces de sécurité dans le quartier.
La préfecture des Alpes-Maritimes, sous la responsabilité de Laurent Hottiaux, a annoncé le maintien des renforts policiers déployés depuis octobre 2025. Le ministère de l’Intérieur a confirmé en début de semaine la prolongation des effectifs supplémentaires « aussi longtemps que nécessaire ».
Un enjeu pour la Côte d’Azur
Au-delà du dossier judiciaire, la répétition de ces fusillades pose un problème d’image pour la Côte d’Azur à un moment particulièrement sensible : le Festival de Cannes bat son plein à une quarantaine de kilomètres, et la saison touristique d’été démarre dans quelques semaines. Plusieurs grands hôteliers de Nice, contactés par la presse régionale, expriment leur inquiétude face à un narcotrafic dont les manifestations violentes débordent désormais largement les périmètres des quartiers prioritaires.
Les trois mis en examen, dont l’identité n’a pas été dévoilée publiquement, devront répondre devant le juge d’instruction de Marseille dans les prochaines semaines. La JIRS de Marseille continue par ailleurs ses investigations pour identifier d’éventuels donneurs d’ordre et la chaîne de financement derrière les opérations de trafic dans le quartier des Moulins.
