Nice – Les prix à la consommation en France ont progressé de 2,2 % sur un an en avril 2026, selon les chiffres définitifs publiés par l’INSEE. Une accélération nette par rapport à mars (+1,7 %), portée intégralement par la flambée des prix de l’énergie. Pour les acteurs économiques de la Riviera, dont la saison estivale démarre dans quelques semaines, la question est désormais de savoir comment préserver les marges sans casser la demande.
La chronologie est sans ambiguïté. L’inflation française est passée de 0,3 % en janvier 2026 – l’un des taux les plus faibles de la zone euro – à 2,2 % en avril, soit un dépassement de l’objectif de 2 % de la Banque centrale européenne. L’indice harmonisé IPCH, utilisé pour les comparaisons européennes, affiche même 2,5 %.
L’énergie, moteur exclusif de la hausse
Le diagnostic de l’INSEE est clair : la totalité de l’accélération provient de l’énergie. Sur un an en avril 2026, l’énergie progresse de 14,2 % (contre +7,4 % en mars). Le détail est plus spectaculaire encore : produits pétroliers à +18,1 %, gazole à +23,5 %, essence à +9,9 %, et combustibles liquides (fioul de chauffage) à +40,9 %. Ces chiffres reflètent directement la fermeture du détroit d’Ormuz et la guerre du Moyen-Orient, qui maintiennent le baril de Brent autour de 110 dollars depuis fin février.
L’inflation core, hors énergie et alimentation, reste à 1,0-1,3 %. Cela signifie que la hausse n’est pas systémique – les biens manufacturés restent en désinflation et les services évoluent modestement – mais qu’il s’agit d’un choc d’offre externe d’origine géopolitique.
Riviera : la double exposition
Pour la Côte d’Azur, la double exposition est particulièrement délicate. Premièrement, les hôteliers et restaurateurs azuréens dépendent massivement du transport aérien, dans lequel le kérosène constitue une part majeure des coûts. Une hausse durable des prix du pétrole se traduit mécaniquement par des billets d’avion plus chers, ce qui pèse sur les arbitrages des touristes internationaux – britanniques, allemands, scandinaves, américains – qui constituent le coeur du chiffre d’affaires estival.
Deuxièmement, les coûts opérationnels des établissements eux-mêmes augmentent : électricité, climatisation, fournisseurs alimentaires impactés par les coûts de transport. Les marges, déjà sous tension après deux années de hausses salariales et de tarifs énergétiques élevés, se compriment à nouveau.
Trois scénarios de la Banque de France
François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, et son équipe ont publié trois scénarios pour l’économie française en 2026. Scénario central : croissance 0,9 %, inflation 1,7 %. Scénario défavorable : croissance 0,6 %, inflation 2,5 %. Scénario très défavorable : croissance 0,3 %, inflation 3,3 %. L’exécutif a déjà abaissé sa prévision de croissance 2026 de 0,9 % à 0,8 %, et table sur une inflation moyenne autour de 1,9 % sur l’année entière.
Le marché du travail subit ces incertitudes : après 60 000 postes salariés privés perdus en 2025, l’INSEE anticipe 22 000 destructions supplémentaires d’ici juin 2026. Les créations de micro-entreprises (+36 000 en six mois) alimentent l’emploi non-salarié, mais avec des revenus nettement plus faibles pour les ménages.
Pouvoir d’achat et impact sur la consommation locale
L’INSEE projette un acquis de pouvoir d’achat des ménages français à -0,2 % pour 2026 à mi-année. Le SMIC sera revalorisé automatiquement au printemps – mécanisme déclenché par le franchissement de seuil – mais l’effet plein ne se fera sentir qu’en seconde partie d’année. Pour les classes moyennes, dont les salaires ne bénéficient pas de ce mécanisme automatique, l’ajustement dépend des négociations salariales en entreprise.
Sur la Côte d’Azur, cela se traduit déjà par une compression de la dépense moyenne des touristes français. Les chiffres remontés par les chambres de commerce indiquent une réservation hôtelière encore solide pour juillet-août, mais des paniers moyens en baisse de 4 à 6 % par rapport à 2025 sur les segments milieu de gamme. Le Festival de Cannes, en cours, et le Monaco E-Prix de ce week-end masquent provisoirement la tendance – mais elle reviendra au premier plan dès le mois de juin.
