Les professionnels du tourisme haut de gamme sur la Côte d’Azur abordent la saison 2026 avec un optimisme prudent mais bien réel. Les indicateurs avancés – taux de réservation des établissements hôteliers cinq étoiles, commandes de yachts de location, réservations dans les restaurants étoilés Michelin – sont tous orientés à la hausse par rapport à la même période de 2025, qui avait déjà constitué une année de très forte activité. Le Comité Régional du Tourisme Côte d’Azur France projette une fréquentation globale en hausse de 7% à 9% pour la période juin-septembre 2026, avec un chiffre d’affaires touristique total qui pourrait franchir pour la première fois le seuil des 15 milliards d’euros sur l’ensemble de la saison.
La clientèle américaine, qui constitue le premier poste de dépenses touristiques sur la Riviera française, montre des signaux de réservation particulièrement dynamiques malgré – ou peut-être en partie à cause de – la politique tarifaire américaine qui rend les voyages en Europe relativement moins coûteux pour les ressortissants américains grâce au renforcement du dollar face à l’euro. Les agences de voyages spécialisées dans le marché américain haut de gamme rapportent des carnets de commandes en hausse de 22% pour la villégiature en Provence et sur la Côte d’Azur, avec une préférence marquée pour les locations de villas privées et les expériences sur mesure plutôt que les séjours en hôtel.
La clientèle du Moyen-Orient, qui joue un rôle croissant dans le segment ultra-luxe de la Riviera, devrait également être bien présente cet été. Les résidences secondaires de ressortissants des pays du Golfe à Cannes, Antibes, Cap-Ferrat et Villefranche-sur-Mer seront occupées plus longtemps que les années précédentes selon les gestionnaires de patrimoine immobilier interrogés. Les achats de yachts par des clients du Moyen-Orient ont atteint un niveau record lors du Monaco Yacht Show de septembre 2025, et une partie de ces nouvelles acquisitions seront basées sur la Côte d’Azur.
Côté offre, plusieurs établissements hôteliers de prestige ont achevé d’importantes rénovations en vue de la saison. L’Hôtel du Cap-Eden-Roc à Antibes, temple de l’élégance internationale depuis plus d’un siècle, a rénové une vingtaine de suites et étendu son spa dans un bâtiment contemporain surplombant la Méditerranée. À Nice, le Palais de la Méditerranée a complété sa cure de jouvence entamée en 2024, avec un nouveau restaurant gastronomique confié à un chef étoilé provençal. Monaco compte également une nouvelle adresse : le One Monte-Carlo Residences a ouvert ses portes en avril avec une gamme de suites privées à la location pour la clientèle la plus exigeante.
La question de la mobilité reste un enjeu central pour la saison. La saturation des axes routiers entre Nice, Cannes et Monaco pendant les mois de juillet et août constitue un frein reconnu à la qualité de l’expérience touristique et une source de pollution atmosphérique préoccupante. Le service de navettes maritimes électriques lancé en 2025 entre Nice, Antibes, Cannes et Saint-Tropez sera renforcé pour la saison 2026, avec des fréquences plus élevées et l’ajout de deux nouveaux catamarans. L’héliport de Monaco a lui aussi investi dans de nouveaux appareils à faibles émissions pour ses liaisons avec l’aéroport de Nice.
L’instabilité politique française liée à la dissolution de l’Assemblée nationale constitue le principal nuage à l’horizon. Certains opérateurs touristiques craignent qu’une période prolongée d’incertitude politique, voire une nouvelle crise institutionnelle après les élections de juin, ne génère des reports ou des annulations de dernière minute. « Les clients américains et asiatiques très haut de gamme sont particulièrement sensibles aux signaux politiques, » confie le directeur général d’un palace cannois. « Un été d’instabilité pourrait les conduire vers la Toscane ou la Grèce. »
— François Leblanc, Riviera Presse
