Ce dimanche 10 mai 2026, l’avion transportant les ressortissants français du MV Hondius — le navire de croisière d’expédition d’origine néerlandaise au cœur de l’épidémie de hantavirus Andes — a atterri en début d’après-midi à l’aéroport du Bourget, en région parisienne. Cinq Français ont été rapatriés depuis Tenerife, aux îles Canaries, où le navire avait accosté dimanche matin pour permettre le débarquement coordonné des passagers de 23 nationalités différentes.
Sébastien Lecornu : « Un cas symptomatique pendant le vol »
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a confirmé dans un communiqué officiel : « L’un des cinq Français rapatriés du MV Hondius a présenté des symptômes compatibles avec le hantavirus pendant le vol retour. Les cinq voyageurs ont été immédiatement placés en isolement strict dès leur arrivée au Bourget, conformément au protocole sanitaire défini par la Direction générale de la Santé. » La cellule de crise du Centre de crise sanitaire (CCS) du ministère de la Santé a été activée dès l’annonce du cas symptomatique. Aucune transmission communautaire n’est documentée à ce stade en France métropolitaine.
Huit cas, trois morts, 38 % de létalité
Selon le bulletin de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publié le 8 mai 2026, l’épidémie a officiellement fait 8 cas (6 confirmés en laboratoire et 2 probables), dont 3 décès (2 confirmés et 1 probable), soit un taux de létalité de 38 %. Le virus Andes (ANDV) est la seule souche de hantavirus connue pour pouvoir se transmettre d’humain à humain, généralement par contact rapproché dans des espaces confinés — exactement les conditions d’une croisière d’expédition. Le navire avait quitté Ushuaia (Argentine) le 1er avril 2026 pour un voyage de 33 jours dans l’Atlantique Sud avec des escales à l’Antarctique, en Géorgie du Sud, à Tristan da Cunha, Sainte-Hélène et l’Ascension. Il transportait 147 personnes (86 passagers et 61 membres d’équipage).
Tedros à Tenerife : « Ce n’est pas un nouveau Covid »
Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, s’est rendu en personne à Tenerife pour superviser le débarquement. Dans une lettre publique aux habitants de l’île canarienne, il a précisé : « Le risque sanitaire actuel posé par le hantavirus demeure faible. Vous ne croiserez pas ces passagers. Vos familles ne les croiseront pas. » Il a remercié le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez d’avoir accepté de recevoir le navire, qualifiant cette décision d’« acte de solidarité et de devoir moral ». Tenerife a été choisie pour sa capacité d’infrastructure médicale et son éloignement relatif des zones résidentielles denses.
Le dispositif sanitaire français
Pour la France, le dispositif comprend un suivi actif des passagers ayant pu côtoyer le navire ou des passagers infectés lors d’escales antérieures, conformément au Règlement sanitaire international (RSI 2005). L’incubation du virus Andes est de 4 à 42 jours, ce qui implique une fenêtre de surveillance prolongée pour tous les passagers ayant débarqué à des escales précédentes. Les autres rapatriements concernent des passagers à destination des États-Unis (vols charter avec biocontainment vers une installation spécialisée du Nebraska) et de l’Australie.
Pour la Côte d’Azur, un signal pour la saison croisière
Pour la Côte d’Azur, première région touristique française, le risque sanitaire reste qualifié de « très faible » par les autorités, mais l’épisode rappelle l’enjeu biologique des croisières d’expédition de luxe — un marché en plein boom dont les armateurs présents dans les ports de Nice, Cannes, Villefranche-sur-Mer et Monaco vont devoir réviser les protocoles d’embarquement. Les principaux opérateurs (Ponant, Silversea, Hapag-Lloyd Cruises) ont d’ores et déjà annoncé un renforcement des contrôles sanitaires pré-embarquement pour la saison 2026. Le segment de la croisière d’expédition représente moins de 5 % du volume méditerranéen mais concentre les marges les plus élevées de l’industrie.
— Sophie Marchand, Riviera Presse
