La Commission européenne a formellement adopté le 6 mai 2026 sa toute première Stratégie européenne contre la pauvreté, accompagnée d’une Communication renforçant la Garantie Enfance européenne et d’une proposition de Recommandation du Conseil sur la lutte contre l’exclusion logement. La vice-présidente exécutive de la Commission Roxana Mînzatu, en charge des Personnes, Compétences et Préparation, a déclaré en conférence de presse au Berlaymont : « Nous voulons éradiquer la pauvreté dans l’UE en 25 ans. La question n’est pas si nous pouvons nous permettre d’agir, mais si nous pouvons nous permettre de ne pas agir. »
93 millions d’Européens, un enfant sur quatre
Les chiffres d’Eurostat cités par la Commission donnent la mesure du défi : en 2024, 93,3 millions de citoyens européens étaient à risque de pauvreté ou d’exclusion sociale, soit environ 21 % de la population. Parmi eux, 20 millions d’enfants, soit un sur quatre. Environ un million de personnes sont sans abri à travers l’Union. La Stratégie identifie le « vivre dans la dignité » comme un droit fondamental relevant de l’article 1 de la Charte des droits fondamentaux et appelle à un « effort collectif » impliquant tous les niveaux de gouvernance, partenaires sociaux, société civile, secteur privé et personnes vivant la pauvreté elles-mêmes.
Les quatre piliers du paquet
- La Stratégie anti-pauvreté elle-même, non législative, fixant l’horizon 2050 et une approche globale prévention-protection.
- Une Recommandation du Conseil sur la lutte contre l’exclusion logement, exhortant les États membres à déployer des systèmes d’alerte précoce et de conseil aux endettés pour prévenir les expulsions.
- Une Communication sur la rupture du cycle de pauvreté des enfants, incluant un projet pilote de « carte garantie enfance » permettant aux gouvernements de suivre les enfants dans le besoin et de leur offrir des services gratuits.
- Une Communication renforçant la stratégie sur les droits des personnes handicapées jusqu’en 2030, avec la digitalisation complète de la Carte européenne du handicap (90 millions d’Européens concernés).
Le financement : 100 milliards visés, 50,2 milliards déjà engagés
Côté financement, la Commission indique que 50,2 milliards d’euros du Fonds social européen Plus (FSE+) sont déjà alloués à l’inclusion sociale. La Commission propose au moins 100 milliards d’euros pour les politiques sociales (dont la lutte contre la pauvreté) dans le cadre financier pluriannuel 2028-2034 — environ 14 % des 865 milliards d’euros prévus pour les nouveaux plans nationaux et régionaux de partenariat. La Banque européenne d’investissement (BEI) prévoit 22 milliards d’euros d’investissements sociaux sur 2026-2027.
Caritas Europa : « L’absence d’outils contraignants »
La réaction des ONG est mitigée. Caritas Europa, dans un communiqué : « Nous accueillons favorablement le paquet, mais l’absence de propositions législatives concrètes risque de laisser les objectifs les plus ambitieux de la stratégie sans les outils nécessaires pour les atteindre. » Le Réseau européen anti-pauvreté (EAPN) regrette aussi l’absence de mesures contraignantes pour protéger les citoyens « mobiles » (qui travaillent dans un pays mais résident dans un autre), exclus de la protection sociale dans les deux. Les critiques conservatrices, elles, contestent la définition même de la pauvreté retenue par Eurostat (60 % du revenu médian national équivalisé après transferts sociaux), arguant qu’elle mesure davantage le faible revenu relatif que la pauvreté absolue.
Pour la France et la région Sud-PACA
Pour la France, deuxième économie de la zone euro, le sujet est sensible : avec 9,1 millions de Français sous le seuil de pauvreté (60 % du revenu médian), Paris devra intégrer les cibles de la stratégie dans ses prochains Programmes nationaux de réforme dans le cadre du Semestre européen, avec premières remontées attendues en 2027. Pour la région Sud-PACA, les enjeux sont structurels : pauvreté urbaine élevée à Marseille et Toulon (taux de pauvreté supérieur à 25 % dans certains arrondissements), parallèlement à une concentration de richesse exceptionnelle sur la Côte d’Azur. Les fonds européens cibleront prioritairement les zones de pauvreté urbaine et la lutte contre le sans-abrisme — des dispositifs déjà actifs dans le Programme opérationnel FEDER-FSE+ Provence-Alpes-Côte d’Azur 2021-2027 qui bénéficiera de la prolongation du cadre financier.
— Sophie Marchand, Riviera Presse
