L’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) a confirmé fin avril 2026 une croissance nulle au premier trimestre 2026 en France, déjouant les prévisions des grands instituts. La Banque de France tablait encore quinze jours plus tôt sur une progression de l’ordre de 0,3 %, tandis que l’INSEE elle-même avait abaissé sa prévision initiale de 0,3 % à 0,2 % fin mars. Le résultat publié replace la France en queue de peloton de la zone euro, alors que l’Allemagne progresse de 0,3 %, l’Espagne de 0,6 % et l’Italie de 0,2 %.
La construction, principal facteur de blocage
Selon les explications fournies par Marie Leclair, cheffe du département des comptes nationaux à l’INSEE, le décrochage tient principalement à un repli inattendu de l’investissement dans la construction : « Cela peut être lié au cycle électoral, car on entame peu de travaux les années d’élection », a-t-elle indiqué à la presse. La construction a reculé de 1,5 % sur le trimestre, affectant particulièrement les travaux publics. Cette spécificité française n’a pas été anticipée par les modèles macroéconomiques utilisés par les conjoncturistes.
La consommation des ménages en repli
Au-delà de la construction, la consommation des ménages recule également au premier trimestre 2026, « signe que le pouvoir d’achat ne suit plus », selon le diagnostic croisé d’institutions officielles relayé par Le Monde et Boursorama. La hausse du gaz de 15,4 % au 1er mai, celle des carburants depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient et l’absence de revalorisations salariales suffisantes pèsent sur le moral des Français. La zone euro, quant à elle, tombe à 0,1 % de croissance trimestrielle contre 0,2 % attendu.
Le gouvernement contraint de revoir sa cible 2026
Avec un tel premier trimestre, la prévision gouvernementale de 0,9 % de croissance pour 2026 apparaît hors d’atteinte sans rebond significatif au second semestre. Pour Dorian Roucher, chef du département de la conjoncture à l’INSEE, « les moteurs internes de l’économie européenne, en particulier l’investissement, se rallument », mais « l’incertitude reste forte concernant l’orientation exacte de la politique budgétaire », alors que les discussions parlementaires se poursuivent. La situation contraste avec celle des voisins européens : depuis l’été 2024, le climat des affaires français reste inférieur à sa moyenne de long terme.
Le décrochage face à l’Espagne et à l’Italie
Le diagnostic de l’INSEE est « sombre » selon les analystes : alors que l’Espagne affiche 2,4 % de croissance annuelle et l’Italie 1,2 %, l’Hexagone peine à dépasser le seuil symbolique de 1 %. Pour la Côte d’Azur, ce ralentissement national pourrait paradoxalement favoriser le tourisme domestique : selon le baromètre Vacances 2026 d’Ipsos pour Europ Assistance, un Français sur cinq choisira le Sud de la France pour ses vacances, plaçant Provence-Alpes-Côte d’Azur en première position des destinations privilégiées. Le tourisme local serait ainsi soutenu par la prudence budgétaire des ménages, peu enclins à partir à l’étranger dans le contexte inflationniste actuel.
Une légère embellie attendue à mi-année ?
L’INSEE n’enterre pas pour autant l’idée d’une « légère embellie conjoncturelle » : son scénario central de décembre 2025 prévoyait un PIB en hausse de 0,3 % par trimestre au premier semestre 2026, soit une croissance annuelle dépassant les 1 %. La Banque de France maintient sa prévision à 1 %, soutenue par le plan de relance allemand 2026, l’effort commun européen de défense et le dernier versement du plan de relance européen. Mais l’INSEE prévient : « La légère embellie conjoncturelle ne se transmettrait guère à l’emploi », avec un taux de chômage qui pourrait grimper à 7,8 % à mi-2026, contre 7,7 % au troisième trimestre 2025, tiré notamment par le repli de l’alternance.
— François Leblanc, Riviera Presse
