Confrontée à une pénurie de logements qui pèse particulièrement sur les jeunes actifs, les étudiants et les saisonniers, la Ville de Nice renforce en 2026 son cadre réglementaire sur les locations meublées de tourisme. L’enjeu : préserver une part suffisante du parc résidentiel pour les habitants permanents, sans étouffer l’attractivité touristique qui reste un moteur économique de la métropole.
Une pression foncière historique
Avec un prix médian au mètre carré qui dépasse régulièrement les 5 000 euros dans les arrondissements centraux, et des loyers parmi les plus élevés de France hors Paris, Nice cumule depuis dix ans les difficultés d’accès au logement. La part des résidences secondaires y dépasse les 20 % dans certains quartiers comme Magnan, le Carré d’Or ou la promenade des Anglais. Les plateformes de location courte durée — Airbnb, Booking, Abritel — sont régulièrement pointées comme un facteur aggravant de la tension locative résidentielle.
Numéro d’enregistrement obligatoire
Depuis 2019, tout meublé de tourisme à Nice doit faire l’objet d’une déclaration en mairie et obtenir un numéro d’enregistrement à apposer sur les annonces. Le dispositif a été renforcé en 2024 et l’est encore en 2026 : contrôles croisés avec la base nationale, sanctions plus lourdes (jusqu’à 50 000 euros d’amende pour les contrevenants), et obligation pour les plateformes de transmettre périodiquement les données d’occupation. La métropole expérimente également un dispositif de compensation dans certains secteurs : transformer un logement en meublé touristique implique de remettre en parallèle un autre bien sur le marché locatif classique.
L’IA pour détecter les annonces non conformes
Pour traquer les locations non déclarées, la mairie et la métropole travaillent avec des outils de scraping et d’analyse automatique des annonces en ligne, développés en partenariat avec des startups de Sophia Antipolis. Ces solutions, basées sur l’intelligence artificielle, permettent de comparer les photos, descriptions et adresses des annonces avec le registre officiel et d’identifier les manquements. Plusieurs autres villes touristiques (Marseille, Bordeaux, Lyon, La Rochelle) ont mis en place des dispositifs similaires.
Un débat social vif
Pour les associations de locataires et les syndicats de salariés saisonniers, le mouvement reste insuffisant. Le collectif Logement pour Tous Nice 06 demande un encadrement plus strict, voire un moratoire dans les zones les plus tendues. Les loueurs particuliers, eux, dénoncent une complexité administrative croissante et craignent de perdre un complément de revenu devenu vital pour de nombreux ménages. La mairie de Nice s’engage de son côté sur la livraison d’environ 2 500 logements sociaux sur le mandat, pour rééquilibrer durablement le marché.
— Sophie Marchand, Riviera Presse
