La gastronomie de la Riviera française vit un moment d’exception. Le guide Michelin France 2026, dont la cérémonie de remise des étoiles s’est tenue à Lyon en début de semaine, a consacré plusieurs établissements de la Côte d’Azur, avec en point d’orgue la confirmation et la promotion de tables qui font la réputation culinaire internationale de la région. Le restaurant Mirazur de Mauro Colagreco, installé dans les hauteurs de Menton avec une vue à couper le souffle sur la Méditerranée et la frontière italienne, a reçu une étoile verte supplémentaire pour son engagement exceptionnel en matière de gastronomie durable — venant s’ajouter à ses trois étoiles classiques conservées depuis 2019 et à sa place régulière dans le peloton de tête du classement The World’s 50 Best Restaurants.
Mauro Colagreco, chef franco-argentin dont le parcours illustre la vocation universaliste de la grande cuisine française, a réagi avec une émotion visible lors de la cérémonie lyonnaise. « Cette étoile verte est celle dont je suis le plus fier, » a-t-il déclaré, « parce qu’elle reconnaît ce qui est au cœur de notre philosophie depuis dix ans : cuisiner avec et pour la nature, pas contre elle. » Le Mirazur cultive en effet ses propres jardins en permaculture sur les terrasses en restanques qui entourent le restaurant, produit une partie de son miel sur place, travaille exclusivement avec des pêcheurs locaux pratiquant la pêche durable et des éleveurs d’altitude du Mercantour respectant les cahiers des charges les plus stricts.
La région dans son ensemble sort renforcée de cette édition 2026 du guide. À Nice, le restaurant Kei by Keisuke Matsushima a décroché une première étoile pour sa cuisine qui marie avec élégance les techniques de la gastronomie française classique aux saveurs et esthétiques de la cuisine japonaise. Le chef, figure bien connue des tables niçoises depuis plus de quinze ans, avait déjà été étoilé par le passé avant une période de transition qui l’avait vu recentrer son projet culinaire. Sa nouvelle cuisine, plus personnelle et plus radicalement fusion, a convaincu les inspecteurs du guide. À Cannes, le restaurant de l’Hôtel Martinez a lui aussi rejoint le cercle des étoilés avec une étoile pour son chef Pierre-Antoine Bonnot, 34 ans, formé à Lyon et à Tokyo.
Pour Menton, ville de 25 000 habitants mieux connue pour son festival du citron et ses jardins méditerranéens que pour son effervescence gastronomique, la distinction renouvelée du Mirazur constitue un atout touristique de premier plan. La ville reçoit chaque année plusieurs dizaines de milliers de visiteurs qui viennent spécifiquement pour déjeuner ou dîner chez Colagreco — une forme de tourisme gastronomique à forte valeur ajoutée qui profite à l’ensemble de l’économie locale. Le carnet de réservations du Mirazur est complet jusqu’en septembre 2026, avec une liste d’attente de plusieurs centaines de noms pour les places annulées.
La reconnaissance gastronomique de la Côte d’Azur s’inscrit dans une dynamique régionale plus large. La région PACA compte désormais 47 restaurants étoilés au guide Michelin, un chiffre en progression constante depuis cinq ans et qui place la région au troisième rang national derrière l’Île-de-France et la Bourgogne-Franche-Comté. Cette densité de tables d’excellence contribue à positionner la Riviera comme une destination gastronomique internationale de premier rang, au même titre que la Toscane, le Pays Basque ou Copenhague dans le panorama culinaire mondial.
Le prochain rendez-vous gastronomique majeur de la région sera le Menton Food Art Festival, dont la troisième édition se tiendra du 18 au 20 juillet 2026 sur la promenade du Soleil, avec la participation annoncée de vingt chefs étoilés de dix nationalités différentes. L’événement, qui avait rassemblé 35 000 visiteurs lors de son édition 2025, bénéficie cette année d’un partenariat avec le Festival de Cannes pour la création d’un programme de dîners cinématographiques mêlant grande cuisine et projections de films en avant-première.
— Sophie Marchand, Riviera Presse
