L’Assemblée nationale procède ce mardi 12 mai 2026 au vote solennel sur l’actualisation de la loi de programmation militaire 2024-2030 (LPM), un texte qui prévoit 36 milliards d’euros supplémentaires d’ici à 2030 pour les armées françaises. La ministre des Armées Catherine Vautrin a porté le projet devant le Parlement, avec l’objectif d’une adoption définitive d’ici le 14 juillet.
« La paix a un coût, la souveraineté aussi »
Devant les députés, la ministre des Armées a défendu un « effort inédit » qui « permettra un doublement du budget de nos armées entre 2017 et 2027 ». Sa formule la plus marquante restera : « La paix a un coût, la souveraineté aussi. » Le texte porte à 449 milliards d’euros le total des engagements pour la défense sur la période 2024-2030, contre 413 milliards prévus dans la LPM initiale d’août 2023.
Les chiffres clés de l’actualisation
L’actualisation détaille la répartition des 36 milliards supplémentaires : 8,5 milliards d’euros pour la remontée des stocks de munitions (portant l’effort total à 26 milliards), 2 milliards supplémentaires pour les drones (8,4 milliards au total), 3,9 milliards supplémentaires pour le spatial de défense (10,1 milliards), 1,6 milliard pour la lutte anti-drones, et 1 milliard pour le développement de « capacité balistique conventionnel » permettant de « frapper dans la grande profondeur, c’est-à-dire au-delà de 2 500 km » — soit à peu près la distance qui sépare la France de Moscou. Les effectifs devront atteindre 275 000 équivalents temps plein à l’horizon 2030.
Un nouveau service national pour 2,3 milliards
Le projet de loi crée un nouveau service national volontaire, réservé aux jeunes de 18 à 25 ans, pour un coût estimé à 2,3 milliards d’euros sur cinq ans. Le texte transforme aussi la journée défense et citoyenneté (JDC, ex-JAPD) en « journée de mobilisation ». Catherine Vautrin a également annoncé la création « imminente » de France munitions, un grossiste public-privé qui devra « répondre aux besoins des armées françaises mais aussi de nos alliés et bien entendu de nos nombreux clients à l’export ».
Critiques de gauche : « Spirale de l’escalade »
Le débat a été marqué par les critiques de la France insoumise. Le député Bastien Lachaud a dénoncé un texte « mal pensé, mal ficelé, qui fragilise notre défense nationale et entraîne notre pays dans la spirale de l’escalade ». L’élu de Seine-Saint-Denis a accusé le gouvernement d’« aligner la France sur les diktats de Donald Trump ». Sa collègue Anna Pic (socialiste) a parlé du « rendez-vous manqué » de la LPM initiale de 2023.
Critiques de droite et d’extrême droite
À droite, le sénateur Cédric Perrin (LR), président de la commission des Affaires étrangères du Sénat, a exprimé sa « déception » et son « inquiétude face à un projet de loi qui ne permet pas d’être au rendez-vous d’un choc en 2030 ». Cédric Perrin pointe que « la France va décrocher face à son partenaire allemand, qui prévoit 160 milliards d’euros en 2030, soit plus du double de l’effort français ». Pour le Rassemblement national, le député Laurent Jacobelli dénonce une « copie insincère votée en 2023 » et estime que « les 36 milliards d’euros supplémentaires annoncés serviront avant tout à couvrir des engagements déjà pris ».
L’objectif 2,5 % du PIB en 2030
L’enveloppe supplémentaire doit permettre au budget de la défense d’atteindre 2,5 % du PIB en 2030, soit 76,3 milliards d’euros. Il était de 47,2 milliards en 2024. Reste un objectif lointain : la cible OTAN récemment relevée à 3,5 % du PIB d’ici 2035. Le vote de ce mardi 12 mai marque seulement la première étape parlementaire : le texte passe ensuite au Sénat la semaine du 1er juin, pour une adoption définitive recherchée avant le défilé du 14 juillet sur les Champs-Élysées.
