Avec la perspective d’un été 2026 marqué par de nouvelles tensions sur la ressource en eau, les Alpes-Maritimes et le Var mettent en place un dispositif renforcé de gestion hydraulique. La Côte d’Azur, qui accueille chaque été plus de 11 millions de touristes, doit concilier l’attractivité de sa destination phare et la fragilité de ses ressources en eau.
Une situation tendue depuis 2022
Les hivers 2022-2023, 2023-2024 et 2024-2025 ont été marqués par un déficit pluviométrique cumulé exceptionnel. Plusieurs nappes phréatiques du littoral azuréen affichent encore des niveaux inférieurs à la moyenne décennale. Les barrages du Var, comme celui du Carcès qui alimente une partie de la métropole toulonnaise, restent étroitement surveillés. La préfecture des Alpes-Maritimes a ainsi déjà publié son arrêté-cadre sécheresse, qui définit les seuils de vigilance, d’alerte, d’alerte renforcée et de crise applicables tout l’été.
Le rôle croissant des capteurs et de l’IA
Pour anticiper plus finement les épisodes de tension, les collectivités territoriales déploient des réseaux de capteurs connectés sur les canalisations, les châteaux d’eau et les stations de pompage. Les données collectées sont analysées par des algorithmes développés en partie à Sophia Antipolis (institut 3IA Côte d’Azur, laboratoire I3S), qui permettent de détecter en temps réel les fuites, les anomalies de consommation et de prévoir les pics d’usage. Plusieurs communes de la Métropole Nice Côte d’Azur expérimentent depuis 2024 des plateformes d’asset management hydrique basées sur l’apprentissage automatique.
Sensibiliser les touristes, pas seulement les habitants
L’effort ne porte plus uniquement sur les résidents permanents. Plusieurs collectivités intègrent désormais les touristes dans leurs campagnes de sensibilisation : QR codes dans les chambres d’hôtel rappelant les écogestes, signalétique dans les ports de plaisance, sessions d’information dans les campings. Les palaces de la Croisette et du Cap d’Antibes, souvent dotés de piscines extérieures et de jardins, s’engagent par ailleurs dans des programmes de récupération d’eaux pluviales et de recyclage des eaux grises.
Un enjeu d’image pour la destination
Au-delà de la contrainte technique, le sujet est devenu central pour l’image touristique de la Côte d’Azur. Les comportements de surconsommation visibles (golfs arrosés en pleine journée, piscines de location remplies à blanc) sont régulièrement épinglés sur les réseaux sociaux. Pour le Comité Régional du Tourisme, l’enjeu n’est plus seulement de préserver la ressource, mais aussi de rassurer une clientèle internationale de plus en plus sensible aux questions environnementales — particulièrement les Européens du Nord et les Américains, qui sélectionnent désormais leurs destinations en partie sur des critères écologiques.
— François Leblanc, Riviera Presse
