Le président américain Donald Trump a publiquement rejeté la contre-proposition iranienne à son plan de paix sur deux messages successifs Truth Social dimanche 10 mai 2026, qualifiant la réponse iranienne de « TOTALEMENT INACCEPTABLE ! », avant de revenir sur le dossier lundi 11 mai en la décrivant comme « une ordure » et en déclarant le cessez-le-feu « en soins intensifs ». Cette escalade rhétorique marque une nouvelle dégradation de la diplomatie américano-iranienne, après une trêve formelle entrée en vigueur le 8 avril 2026.
Ce que demande Téhéran
La contre-proposition iranienne — transmise via des médiateurs pakistanais dimanche matin et rapportée par l’agence officielle IRNA et par Tasnim — comporte quatre exigences principales. Premièrement, la fin des hostilités sur tous les fronts, y compris au Liban, où les frappes israéliennes ont continué malgré l’accord d’avril. Deuxièmement, la levée des sanctions américaines sur la vente du pétrole iranien. Troisièmement, la fin du blocus naval américain sur les ports iraniens. Quatrièmement, le dégel des avoirs iraniens détenus à l’étranger. La chaîne d’État iranienne IRIB a ajouté à cette liste la reconnaissance par Washington de la souveraineté iranienne sur le détroit d’Ormuz, ainsi qu’un mécanisme de compensation pour les dommages de guerre.
La proposition américaine en 14 points
L’offre transmise à Téhéran en début de semaine était structurée en 14 points. Au cœur du dispositif : l’Iran devrait s’engager à renoncer au développement de toute arme nucléaire et à arrêter toute activité d’enrichissement d’uranium pendant au moins 12 ans. Téhéran serait également tenu de remettre son stock estimé à 440 kg (970 livres) d’uranium enrichi à 60 %. En contrepartie, les États-Unis lèveraient progressivement les sanctions, libéreraient des milliards de dollars d’avoirs iraniens gelés et mettraient fin au blocus naval. Fait notable et signal négatif : la contre-proposition iranienne ne mentionne pas le programme nucléaire — un point que les analystes occidentaux interprètent comme un durcissement de la posture de Téhéran.
« Une ordure » : la rhétorique du président américain
« C’est incroyablement faible », a déclaré Donald Trump aux journalistes lundi 11 mai. « Après avoir lu cette ordure qu’ils ont envoyée, je n’ai même pas fini la lecture. » Le président a également qualifié le cessez-le-feu de « en soins intensifs ». Sur Truth Social, ses messages de dimanche avaient été légèrement moins virulents : d’abord en accusant l’Iran de « jouer avec les États-Unis et le reste du monde », puis deux heures plus tard : « Je viens de lire la réponse des soi-disant ‘représentants’ iraniens. Je n’aime pas ça — TOTALEMENT INACCEPTABLE ! »
Brent à 104,50 dollars, Hormuz toujours fermé
La réaction des marchés a été immédiate. Le Brent a grimpé +3,17 % dimanche à 104,50 dollars le baril, le brut américain WTI montant de +3,21 % à environ 98,48 dollars. À la clôture des places européennes lundi, le Brent s’échangeait au-dessus de 103 dollars. Le détroit d’Ormuz — par lequel transite habituellement environ un cinquième des livraisons mondiales de pétrole — reste effectivement fermé. L’Iran a capturé plusieurs navires sous pavillon étranger, et le blocus américain sur les ports iraniens reste actif. Le Brent avait atteint un pic de 126 dollars fin avril, après les frappes américano-israéliennes sur des sites nucléaires iraniens. La question pour les marchés est désormais de savoir si l’échec de la médiation rouvrira la voie à un retour vers ces niveaux.
Sommet de Pékin jeudi 14 mai : Trump face à Xi Jinping
L’échec actuel se produit à trois jours du sommet de Pékin, où Donald Trump est attendu jeudi 14 mai 2026 pour deux jours de discussions avec le président chinois Xi Jinping. La guerre en Iran devrait figurer en bonne place à l’agenda, aux côtés du commerce et de Taïwan. La Chine est l’un des plus grands importateurs de pétrole iranien et dispose d’intérêts stratégiques évidents à voir Ormuz rouvert. Que Donald Trump parvienne à utiliser Xi Jinping pour faire pression sur Téhéran — ou, à l’inverse, qu’il trouve Pékin plus proche de Téhéran que de Washington — déterminera la suite immédiate du dossier. Le secrétaire d’État Marco Rubio et l’envoyé spécial de la Maison-Blanche Steve Witkoff ont rencontré samedi à Miami le Premier ministre qatari Mohammed bin Abdulrahman al-Thani, dans le cadre de médiations parallèles.
Netanyahu, médiateurs, et les 48 prochaines heures
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a échangé dimanche soir avec Donald Trump par téléphone et, dans un entretien séparé diffusé sur CBS 60 Minutes, a estimé que la guerre avec l’Iran « n’était pas terminée », soulignant la nécessité de « retirer » le stock d’uranium enrichi iranien. Le Pakistan, le Qatar, l’Arabie saoudite, la Turquie et la Chine sont tous impliqués dans des efforts de médiation parallèles. Kamal Hyder, correspondant d’Al Jazeera à Islamabad, indique que le Pakistan pousse l’Iran à « trouver une voie médiane ». Les 48 prochaines heures détermineront si le cessez-le-feu tient encore — ou si un nouvel épisode de tension militaire dans le Golfe ramène le Brent au-delà de 120 dollars, avec des conséquences directes pour les automobilistes français qui sortent à peine d’une saison hivernale clémente.
