Emmanuel Macron entame ce samedi 9 mai 2026 une tournée diplomatique de cinq jours sur le continent africain, avec des étapes successives en Égypte, au Kenya et en Éthiopie. Selon les informations rapportées par franceinfo dans son agenda du jour, le déplacement présidentiel intervient dans un contexte de recomposition complète de la présence française en Afrique après les ruptures diplomatiques et militaires avec le Burkina Faso, le Mali et le Niger, et face à l’influence croissante de la Russie, la Chine et la Turquie sur le continent.
Trois capitales, trois priorités stratégiques
Les trois étapes de la tournée présidentielle correspondent à trois axes diplomatiques distincts. Au Caire, le président de la République doit rencontrer son homologue égyptien Abdel Fattah al-Sissi, dans un contexte régional dominé par la guerre Israël-Iran et la déstabilisation de la mer Rouge. À Nairobi, Emmanuel Macron entend renforcer l’axe est-africain de la diplomatie française, avec un Kenya devenu hub régional de l’Union africaine, de la finance verte et de la technologie. À Addis-Abeba, il rencontrera le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed et la présidente de la Commission de l’Union africaine, dans le siège même de l’organisation continentale.
Le contexte sahélien : une présence française en lambeaux
La tournée intervient quatre ans après le retrait de l’opération Barkhane du Mali en 2022, le retrait du Burkina Faso en 2023, et le retrait du Niger en 2023-2024 à la suite du coup d’État de juillet 2023. Tous trois pays ont signé des partenariats militaires avec la Russie via les forces de l’Africa Corps (ex-Wagner). Selon des informations rapportées le 3 mai 2026 par les agences de presse, des militaires de l’Africa Corps des forces armées russes accompagnent désormais l’armée malienne dans des opérations conjointes au nord du pays. La perte d’influence française au Sahel est l’une des grandes transformations diplomatiques du quinquennat.
L’Égypte : un partenaire pivot dans la guerre régionale
Le passage par Le Caire revêt une importance particulière à un moment où la guerre Israël/États-Unis-Iran, déclenchée le 28 février 2026, continue de faire rage dans la région. L’Égypte, qui contrôle le canal de Suez et borde la mer Rouge, est devenue incontournable pour la sécurisation des routes commerciales européennes. La France entretient avec Le Caire une coopération militaire dense (avions Rafale, frégates Fremm, contrats d’armement renouvelés en 2025), et Emmanuel Macron entend renforcer ce partenariat dans un format intégré aux discussions sur la paix régionale.
Le Kenya : la finance verte et la diaspora française
L’étape kenyane est au cœur d’un repositionnement français vers l’Afrique anglophone et non-coloniale. Nairobi abrite le siège régional du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), une diaspora française active dans les ONG et les fintechs, et constitue un pivot pour la finance verte africaine. Le président William Ruto a fait du climat l’axe central de sa diplomatie internationale. Les annonces attendues côté français portent sur des financements de l’Agence française de développement (AFD) dans les énergies renouvelables et l’eau, ainsi que sur la coopération universitaire.
Éthiopie : l’Union africaine et le défi de la stabilité
À Addis-Abeba, Emmanuel Macron sera reçu au siège de l’Union africaine, où il prononcera un discours sur l’avenir des relations entre l’Europe et le continent. L’Éthiopie sort d’une guerre civile au Tigré (2020-2022) qui a fait plusieurs centaines de milliers de morts, et reste confrontée à des tensions internes. Le Premier ministre Abiy Ahmed, prix Nobel de la paix 2019, conserve une position pivot dans la Corne de l’Afrique. La France cherche à réinvestir un pays où son influence reste limitée par rapport à celle des États-Unis, de la Chine et des États du Golfe.
Une tournée sous critique : opposition et contraintes budgétaires
Le déplacement présidentiel n’échappe pas aux critiques internes. Plusieurs voix de l’opposition dénoncent « une diplomatie de représentation sans moyens », dans un contexte où le budget 2026 de la France impose une « année blanche » sur les dépenses publiques, y compris sur l’aide au développement. Le Quai d’Orsay a vu ses crédits stabilisés mais non augmentés dans le projet de loi de finances. La crédibilité d’une relance africaine à effectif et budget constants reste donc l’une des principales interrogations pesant sur cette tournée. Le retour à Paris est prévu mercredi 13 mai en soirée.
— Sophie Marchand, Riviera Presse
