Les professionnels de santé libéraux oubliés du plan d’aide carburant
Ce dimanche 24 mai, Yannick Neuder, ministre de la Santé, est intervenu sur franceinfo pour alerter sur les conséquences de la flambée des carburants sur les professionnels de santé exerçant en libéral. Alors que le gouvernement a annoncé jeudi 21 mai un nouveau paquet d’aides sectorielles, le ministre a plaidé pour que les infirmiers libéraux, les sages-femmes et les kinésithérapeutes – des professionnels dont l’activité repose sur la mobilité quotidienne – soient explicitement pris en compte dans ce dispositif.
La hausse des prix depuis le déclenchement de la crise au Moyen-Orient fin février 2026 s’est avérée brutale : le gazole affiche une moyenne nationale de 2,17 € le litre, soit une augmentation de 35 à 40 % selon les régions. Pour un infirmier libéral parcourant 300 kilomètres par jour en diesel – une consommation moyenne de 6 litres aux 100 kilomètres – le surcoût mensuel atteint facilement 300 à 400 €, sans compensation tarifaire de la Caisse nationale d’assurance maladie dans la nomenclature actuelle.
Un appel du ministre pour une prise en compte explicite
Interrogé ce dimanche sur l’antenne de franceinfo, Yannick Neuder a énoncé le problème dans toute sa clarté :
« Il faut pouvoir permettre que nos infirmiers libéraux se rendent au domicile du patient. »
Le ministre a souligné que ces professionnels effectuent en moyenne 200 à 400 kilomètres par jour pour les tournées rurales – un kilométrage qui en dit long sur l’ampleur du surcoût supporté depuis février.
Cette intervention intervient après l’annonce, jeudi 21 mai, par le Premier ministre Sébastien Lecornu d’un nouveau volet d’aides ciblées. Le gouvernement a annoncé :
- Le doublement de l’aide carburant « grands rouleurs travailleurs modestes » de 50 € à 100 € par véhicule ;
- Une prolongation jusqu’en août 2026, soit cinq mois au lieu de trois ;
- Le doublement du plafond de la prime carburant employeur ;
- Des aides spécifiques pour les chauffeurs de taxi à partir du 1er juin.
Ces mesures s’ajoutent aux dispositifs déjà en vigueur pour les transporteurs, les agriculteurs et les pêcheurs. Or, les professions libérales de santé n’y sont pas explicitement mentionnées – une omission que le ministre de la Santé entend corriger avant la fin de semaine.
Le cadre législatif et la position de Bercy
L’aide « grands rouleurs » repose sur le décret n° 2026-333 du 30 avril 2026, publié au Journal officiel le 2 mai. Elle s’adresse aux travailleurs modestes dont le domicile se situe à au moins 15 kilomètres du lieu de travail. Cependant, de nombreux infirmiers libéraux, sages-femmes et kinésithérapeutes – particulièrement ceux exerçant en arrière-pays sur la Côte d’Azur – ne remplissent pas forcément ces critères de ressources, ou trouvent le dispositif insuffisant au regard du surcoût réel.
Roland Lescure, ministre de l’Économie et des Finances, a justifié ce samedi 21 mai au « 20 Heures » de France 2 le choix d’aides ciblées plutôt qu’une baisse généralisée des taxes :
« Baisser les taxes est inefficace et inéquitable. Aujourd’hui, baisser les impôts sur l’essence, c’est enrichir les pays producteurs. »
Cette approche privilégie une redistribution ciblée au détournement des recettes fiscales – une logique qui reflète les contraintes budgétaires du gouvernement face à la facture de la guerre au Moyen-Orient.
L’opposition dénonce un manque d’ambition
Jordan Bardella, président du Rassemblement national, a critiqué ces mesures jeudi soir sur le réseau X, réclamant pour sa part
« une baisse des taxes, simple, lisible, qui bénéficiera à tous ».
La fiscalité sur les carburants, dominée par l’accise (ex-TICPE), représente environ 50 % du prix final – un levier majeur pour les partis d’opposition qui exigent une action plus radicale.
L’enjeu en Côte d’Azur
Les Alpes-Maritimes comptent environ 3 200 infirmiers libéraux installés, dont une part importante dans l’arrière-pays – la Vésubie, la Tinée, la Roya, l’arrière-pays de Grasse-Mougins ou encore Mandelieu-Tanneron. Pour ces praticiens, le surcoût carburant représente une menace directe pour le maintien de leur activité et, par conséquent, pour l’accès aux soins en zone rurale ou semi-rurale. Cette question dépasse les considérations économiques : elle touche à l’équité territoriale et à la couverture sanitaire des régions moins densément peuplées.
Les prochaines étapes
Selon France 3, le Premier ministre se veut « garant de la bonne gestion du pays » et continue les aides ciblées envers certains automobilistes, tout en assurant qu’il n’y aura pas d’augmentation d’impôts. Cependant, le gouvernement prépare de nouvelles économies budgétaires pour faire face aux enjeux liés à la situation géopolitique.
Yannick Neuder doit recevoir cette semaine les représentants des professions libérales de santé – syndicats infirmiers, ordre des sages-femmes, syndicats de kinésithérapeutes. Une réponse gouvernementale sur l’élargissement du dispositif « grands rouleurs » ou la création d’une aide spécifique est attendue avant le 1er juin 2026. Le dossier révèle les tensions entre la volonté d’aides universelles et les exigences de ciblage budgétaire, dans un contexte de crise énergétique et de fragilisation des services de santé en territoire.
